Critique de Ryse : Son of Rome, belle coquille vide

Test écrit en novembre 2014

Il y avait des raisons légitimes d’attendre Ryse, (sur)vendu comme l’un des titres majeurs du line-up de lancement de la Xbox One : son choix de l’Europe Antique par exemple, ou sa promesses de combats brutaux soigneusement mis en scène. Sous l’égide de Crytek, le titre promettait en outre d’être sublime, et s’annonçait comme l’un des premiers jeux next-gen capables de rendre sensible le saut de génération. S’il s’avère techniquement bluffant, Ryse n’est malheureusement qu’une coquille vide : la faute à un gameplay beaucoup trop léger et répétitif pour convaincre plus d’une poignée d’heures.

Prémices graphiques de la puissance de la Xbox One

En faisant ses premiers pas dans Ryse, on ressent quelque chose de l’ordre de la pure sidération face à des images à peu près inédites : plage de sable gris-cendre léché par une lumière blafarde, sol de marbre reflétant les flammes des torches alentour, métal des armures dont on discerne jusqu’aux rebords polis, sans oublier les peaux ridées, ou les chevelures plus vraies que nature… la liste pourrait se poursuivre longtemps : à peu près tout ce qui se présente au regard à quelque chose du trompe-l’œil, de la matière authentique que l’on croirait pouvoir toucher.

On a même l’impression, lors de certains de ces plus beaux tableaux (Rome et son lassis de ruelles, littoral anglais cerné de galions en feu) que Ryse s’est donné pour mission d’inventorier tout ce que la next-gen comptera de nouveaux effets (particule, lumière, feu, eau) et de progrès en matière de shaders/textures. Parmi ses tours de force, le point culminant reste à notre sens ce sublime décor forestier où le développeur, excellent dans la représentation du végétal, déroule toute sa maîtrise technique : les conifères hyper-détaillés y foisonnent à perte de vue, jusqu’au fond d’un paysage montagneux parcouru de rivières et tapissé d’herbes quasi photo-réalistes.

Puis vient une première déception : aussi impressionnants soient-ils, on ne s’aventurera jamais vraiment au cœur de ces panoramas. On ne fera que les contempler du haut de points de vue, comme au travers de fenêtres. Les niveaux, tous bâti sur le même modèle linéaire, ne sont qu’une succession de belles arènes (une cours de marché, une clairière, …) connectées par de somptueux couloirs (un pont, une rue, un rempart, …). Canalisée par des portes fermées, des fougères bloquantes et autres murs invisibles, l’exploration est réduite à trois fois rien (escalade de quelques plateformes et échelles, rares bifurcations sans intérêt) et ne manque pas de frustrer, surtout lorsqu’un passage reste artificiellement bloqué tant qu’il reste des ennemis dans la zone. Il faut s’y faire : Ryse ne prétend pas être autre chose qu’un beat them all violent et bourrin sur fond de vitrine technologique pour la Xbox One, et repose quasi exclusivement sur ses combats.

Spectacle barbare et gratification immédiate

Première qualité, évidente, des séquences de bataille : elles donnent lieu à des scènes visuellement jouissives, ponctuées de savoureux finish moves (façon QTE) que l’on peut choisir de déclencher lorsque l’ennemi s’approche de la mort. Un halo de couleur symbolise alors la série de boutons à entrer le plus vite possible pour obtenir un effet bénéfique (à choisir avec la croix directionnelle parmi : soin, catalyseur d’XP, jauge de rage pour ralentir le temps et bonus de dégâts). Si l’on y reste spectateur (on peut même s’abstenir de jouer sans perturber l’animation), ces gestes conclusifs n’en sont pas moins l’occasion de ralentis classieux soulignant la brutalité des coups portés – ventres ouverts, membres coupés, gorges tranchées, visages tordus de douleurs – : une mise en scène qui offre certes une gratification visuelle immédiate, mais dont l’effet finit par s’éroder à force de refourguer les 6-8 mêmes QTE à longueur de temps. Heureusement, pense-t-on d’abord, Ryse a d’autres mécaniques à faire valoir.

Inspiré du système des Batman de Rocksteady, tout en combos assistés et enchaînements fluides, le gameplay de Ryse est archi simple, et tourne autour de quatre boutons : frappe à l’épée, parade, esquive et coup de bouclier pour casser une esquive ennemie. Formellement, l’ensemble est, une fois de plus, irréprochable : les animations soignées et bien articulées restituent parfaitement le choc physique des coups, les modèles d’ennemis sont déroutants de précision, et la simplicité des mécaniques rend les passes d’armes visuellement limpides, même lors de mêlées contre 5 ou 6 adversaires (l’ennemi direct polarise le cadrage de la caméra, ses acolytes se passant le relais pour attaquer l’un après l’autre, comme dans les vieux films de cape et d’épée).

Gameplay plat et répétitif à l’extrême

Contrepartie de ces combats-spectacles misant sur l’accessibilité et le défoulement sans prise de tête : on atteint très vite ses limites. Quelque soit l’ennemi du moment (parmi une dizaine de types différents), les affrontements suivent presque toujours le même schéma, sur les rails d’une I.A. incapable de surprise et dont on connait toutes les ficelles dès le deuxième tiers du jeu : on entame par deux coups de glaive, un coup de bouclier pour casser l’esquive de l’ennemi, deux nouveaux coups, une parade pour contrer la systématique attaque adverse, on déclenche la QTE, bis repetita – tout juste faut-il veiller à parer les éventuels coups dans le dos, avant de reprendre rigoureusement la même séquence.

Quelques adversaires – dont les boss, ratés – pourront bien lancer une attaque spéciale (en rouge) nécessitant d’utiliser l’esquive ; à l’occasion, on claquera également le pouvoir de rage (ralenti) pour écourter un affrontement … mais c’est à peu prêt tout. Gavé comme une oie de combats simplistes, et en l’absence d’autres mécaniques (plate-forme, puzzle,…) pour briser la monotonie de sa progression, le joueur a de très fortes chances de s’ennuyer avant longtemps – on en a eu marre au bout d’une heure (sur 6h pour boucler le jeu en normal) -.

Outre la possibilité de lancer un pilum à distance, Ryse tente bien deux-trois séquences différentes, qui tournent court : les progression en tortue où l’on dirige une troupe de soldats en mode binaire (lever de bouclier pour parer une volée de flèche, envoi de javelots sur les archers). A défaut d’être amusantes, ces séquences ont au moins une certaine allure, ce qui n’est pas le cas des phases de tir à l’arbalète, mille fois jouée, trop fréquentes et trop longues ; pendant ces phases « défensives », on pourra en outre commander une volée de flèche par la voix (l’un des rare usages de Kinect dans le jeu). Quant au système de « point d’expériences » censé marquer la progression, il permet certes d’augmenter diverses caractéristiques (barre de vie, gain de rage, etc…) et approfondit un tantinet l’expérience de jeu ; mais il pointe aussi vers des micro-transaction un peu fourbes et hors-sujet (vrai argent contre « amélioration »).

Quid du coop ?

Une fois le solo fini, et son histoire de vengeance copiée-collée de Gladiator arrivée à son terme (non sans passer par des cinématiques où tout le génie technique de Crytek ne peut empêcher les personnages de se jeter des regards vitreux et sans vie), il reste encore le mode coopératif pour se plonger dans le combat brut et sans blabla. Deux joueurs (n’interagissant que le temps de rares finishing moves en duo) s’y retrouvent aux prises avec des hordes barbares, dans un Colisée au décor et objectifs changeants selon la manche (tuer tous les ennemis, brûler des tentes, occire les chefs). Sans surprise, le gameplay y fait le même effet qu’en solo : grisant et vite gratifiant au début, puis tout aussi rapidement redondant. On doute fortement que ce mode motive les foules à passer à la caisse pour changer leur garde robe (micro-transactions toujours).

Conclusion

S’il est sans conteste l’un des plus beaux jeux de la next-gen balbutiante, Ryse prouve une nouvelle fois – si besoin était – que les plus somptueux décors ne peuvent pas conjurer à eux-seuls l’ennui profond que suscite un gameplay mécanique et superficiel. Tout dans ce beat them all est taillé pour faire une première bonne impression, et pas plus, jusqu’au système de combat hyper accessible, bien réglé et mis en scène avec classe, mais incapable de briser ses invariables petits schémas et voué à ressasser les mêmes séquences ludiques des heures durant. Jeu de lancement typique, taillé pour tourner en boucle dans les magasins mais ludiquement plat comme une crêpe, Ryse ne peut pas, ne doit pas être LE jeu qui vous fait acheter une Xbox One.

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Écrit par
Administrateur du site Etoile et champignon. Passionné par les jeux vidéo.

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