Critique de Conduit 2 : le FPS « du milieu » de la Wii

Critique écrite à l’origine en juillet 2011

Après le pétard mouillé du premier épisode, survendu comme le seul FPS digne de ce nom sur Wii, on n’attendait pas vraiment cette suite sortie de nulle part. Outre la déception technique, The Conduit avait surtout pêché par excès de sérieux et s’était avéré particulièrement insipide. En assumant la modestie bas du front de sa licence, le développeur High Voltage se décomplexe et livre avec Conduit 2 un shooter joyeusement anachronique : perclus de défauts d’un autre temps et grevé par une finition honteuse, le titre s’en tire pourtant de justesse grâce à un amusant solo teinté de nostalgie et un multi sympathique.

Une suite décomplexée

Oubliée l’austérité soporifique du premier épisode, le pitch assume enfin la dimension ridicule de ses influences : la S.F. kitsch des nineties et l’action bourrine façon Duke Nukem. On y interprète toujours Michael Ford dans la suite directe de ses aventures : une course poursuite à travers des portails totalement repompés de Stargate. Comme dans le premier épisode, on affrontera des aliens ou des militaires selon le bon vouloir du récit ; mais la comparaison s’arrête ici puisque la progression ponctuée de moments d’autodérision s’oriente résolument vers la parodie, là où le premier épisode s’enlisait dans son application scolaire. Pas une cinématique sans une remarque comique pour le rappeler : le solo de Conduit 2 ne se prend pas du tout au sérieux.

C’est sans doute ce qui libère le jeu des chaînes qui entravaient le premier épisode. Ici, le récit déjà bien barré s’ouvre à son plein potentiel de délire Z-esque, et aligne les destinations exotiques aux quatre coins du globe sans sourciller : de Washington D.C. à la Chine en passant par Atlantis, la variété des environnements entretient la surprise pendant toute la durée de son mode solo. En l’absence de logique du récit, le scénario s’assume enfin comme vaste blague dont les justifications aberrantes prêtent à sourire plus d’une fois.

Si l’on apprécie de quitter les mornes bureaux et couloirs souterrains qui constituaient la quasi-totalité des décors de l’épisode précédent, Conduit 2 ne s’illustre pas pour autant par son bon goût, loin s’en faut. De fait, le potentiel esthétique de chaque décor semble systématiquement gâché par l’interprétation proposée. Exemple : la Sibérie n’est qu’une suite d’ennuyeux complexes militaires, la Chine se réduit à des temples fluo indignes des pires Tomb Raider, et les ruines de Washington s’amoncellent en un pâté de maisons bien piteux. Au milieu de ce saccage esthétique, High Voltage dispense cependant quelques bonnes idées de level design qui permettent à intervalle régulier de passer outre le manque d’inspiration de l’ensemble : on pense au niveau d’Atlantis certes affreux mais dont le tracé un chouia plus complexe a su raviver notre intérêt.

Zéro de conduite pour la réalisation

Les limitations techniques de la Wii expliquent sans doute en partie ces choix de design a minima : les plus indulgents sauront peut être lui passer ses textures approximatives, ses décors à courte portée et ses modèles génériques. Mais l’argument de la console n’excuse pas l’indigence de la réalisation; et ce ne sont pas les jolis effets aqueux qui convaincront quiconque du contraire. À vrai dire, leur retour dans la suite fait plus office de cache-misère que de preuve de la vertu technique de l’ensemble.

Premier constat, le frame rate heurté descend parfois tellement bas qu’on frôle l’inacceptable. L’animation des ennemis tient la route, mais de justesse, flirtant plus d’une fois avec le ridicule. Plus grave, le comportement de l’ I.A. ressemble à une suite de bugs ininterrompue : il n’est pas rare que l’ennemi jusque-là très prudent se fige sur place sans raison. Que dire du fait qu’à tout moment, monstres et humains semblent décider à pile ou face de leur posture agressive ou défensive ? Au gré des situations la cohérence de leur comportement est juste bazardée sans état d’âme : les têtes dépassent allégrement derrière les barricades, et les attaques ressemblent à des glissades ridicules.

Ces grossières défaillances de l’I.A concourent malheureusement à l’abêtissement des fusillades, qu’un game-design à l’ancienne rendait déjà bien basiques. En conséquence, l’expérience en cours de partie s’en ressent dans les deux sens, bon et mauvais. Côté facheux, la simplicité linéaire des niveaux n’appelle jamais à aucune stratégie, et les séquences d’actions finissent vite par se ressembler. Les monstres varient certes en puissance, mais l’enchaînement pour le joueur reste le même : se décaler, viser la tête, se replacer.

« Happiness is a headshot »

Paradoxalement, ce manque de profondeur du gameplay est aussi ce qui en fait le charme. À mesure que l’on dézingue les flots d’aliens de salle en salle, un parfum de nostalgie s’insinue durablement pour qui a passé son enfance sur les FPS console de l’ère N64. Rappelant leur immédiateté, la simplicité bourrine des phases de tir couplée à un level-design élémentaire permet de se jeter dans la partie sans détour. À son meilleur, Conduit 2 renoue ainsi avec le feeling des vieux shooters faciles à consommer, faisant presque passer la pilule des bugs et de la laideur généralisée. À ce titre, les boss font culminer l’intensité dans des séquences qui sortent d’autant plus du lot que l’action se ressemble par ailleurs.

Dans la mouvance du précédent épisode, la maniabilité reste l’argument fort de la licence. Fort heureusement, elle conserve ici son dynamisme et s’adapte toujours aussi bien à la Wiimote. Réactifs dans la plupart des situations (une gageure sur Wii), les contrôles sont également réassignable à loisir, offrant une flexibilité appréciable. On notera également que le titre gère le Motion + et la manette sans altérer le confort de jeu. Quant au gameplay en lui-même, il ne change guère et reprend ce qui faisait la force du premier épisode : un arsenal fantaisiste et varié, à l’ancienne (de l’arme balistique classique au pisto-laser de vos rêves), au premier rang desquels l’artefact mystique appelé ŒIL. Outil malin fonctionnant comme le scanner des Metroïd, il permet de dévoiler les secrets et zones cachées foisonnant dans les niveaux.

La durée de vie d’un simple run dans la moyenne du genre est relancée par un multi de bonne facture, plutôt riche pour la console. Avec ses 14 modes de jeu en ligne, et jouable jusqu’à 4 en écran splitté, il est d’autant plus sympathique que la concurrence ultra limitée sur Wii a contraint les amateurs de FPS à la diète prolongée. La possibilité de paramétrer son apparence et d’acheter de nouvelles armes au fil des parties laisse entrevoir une belle longévité, assurant à Conduit 2 une place de choix dans la ludothèque multi de la console, faute de mieux.

Conclusion

Loin du niveau des meilleurs FPS sur consoles HD, Conduit 2 mettra votre indulgence à l’essai : sa réalisation bancale, entachée de nombreux bugs de collision et d’ I.A., limite l’enthousiasme déjà bien freiné par une direction artistique hasardeuse. Le jeu s’en accommode cependant grâce à un second degré salvateur, qui fait basculer la licence vers une légèreté pas déplaisante et une maniabilité agréable.

+
  • Gameplay plutôt satisfaisant, maniabilité bien réglée
  • Second degré du mode solo
  • Presque aucune concurrence sur Wii...
-
  • Esthétique très vilaine
  • Technique vieillotte même pour l'époque de sa sortie
  • Des bugs en pagaille
  • I.A. très peu élaborée
5
Benoît
Écrit par
Administrateur du site Etoile et champignon. Passionné par les jeux vidéo.

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