Critique de Botanicula : sublime aventure végétale

Botanicula est de cette rare sorte de jeux capable de fédérer joueurs et non-joueurs dans un même esprit de bonne humeur, de ces rares titres au charme fou dont on peut tomber profondément amoureux. C’est une oeuvre joyeuse, à la créativité affolante, une célébration de l’interaction ludique sans pression, au sein de tableaux splendides dont le talentueux studio Amanita Design a le secret.

L’aventure végétale

Dans Botanicula, on suit les pérégrinations d’une petite troupe de créatures végétales, tandis qu’elles tentent d’empêcher des monstres arachnéens d’aspirer la vie de leur arbre-maison. Contrairement à ce que ce pitch suggère, le titre ne raconte pas tant leur lutte que leur insouciante progression de branche en branche, progression ponctuée de rencontres surprenantes avec la faune locale. Si la trame narrative nous rattrape tout de même lors d’un dernier chapitre plus sombre, on passera ainsi le plus clair de son temps à tapoter sur les tableaux délicieusement composés, pour les faire s’animer de petites scénettes interactives.

C’est d’ailleurs la seule façon de progresser dans Botanicula : on y trouvera bien des « puzzles », mais ils ne se résolvent presque jamais par l’utilisation d’objets de l’inventaire, ni même pas la logique. Le plus souvent, il suffira de tapoter sur les organismes qui composent les tableaux et d’expérimenter avec leur comportement, pour finir par débloquer la situation. A vrai dire, les puzzles font presque figure d’arrière-pensée tant ils s’effacent derrière le plaisir de l’interaction pure, ce pouvoir simple mais grisant d’activer la petite vie secrète du décor.

Un triomphe esthétique

Plaisir qui vient d’abord d’un art raffiné de la composition : on se prend ainsi, simplement, à suivre du regard les flots de sève pulsant dans les branches, à toucher les tableaux dans leurs moindres recoins, juste pour s’assurer que l’on ne ratera pas une miette de leurs petites scénographies interactives. Animés de façon adorable, ces happenings possèdent un charme imparable, même si l’on peine à discerner la frontière entre puzzle et trip esthétique. Étrangement, cette confusion entre interactions utiles et gratuites n’est pas frustrante. On reste rarement bloqué dans Botanicula, et les moments de friction sont fait du même bois que les autres : on tapote à tout-va, on regarde le décor se réveiller sous nos doigts, et la solution finit par se révéler d’elle-même sans jamais que l’immersion visuelle et sonore ne retrouve brisée.

Puisque l’on parle du son, disons le sans détour, Botanicula est de mémoire récente l’un des jeux dont la musique nous a le plus émerveillée. Moment sublime entre tous, lors du deuxième chapitre : notre petite troupe de héros est accueillie par un arpège de guitare, mélodie basse et chaleureuse auquel répond bientôt le sifflement d’un oiseau. S’invite dans le tableau une première créature bientôt suivie de plusieurs autres, à  tapoter rapidement pour leur faire tenir une note :  leur chant s’harmonise alors avec la ligne de basse, en un moment musicalement fabuleux – on croit presque entendre un morceau d’Animal Collective ou de The Books, deux de nos groupes préférés … -.

De tels instants de grâce, où musique et phase ludique s’entremêlent à la perfection, Botanicula en regorge ; mais le reste de sa bande-son n’en est pas moins splendide. Chaque seconde bruisse de vent dans les feuillages, de crépitements de branches et de piaillement d’oiseaux, ponctués de bruitages plus artisanaux qui viennent accompagner certains moments-clés de notre progression : « BZZ-BZZ » des abeilles bruités à la bouche, clappements de mains jouissifs, éclats de voix enfantins, font ainsi de cette bande-son en « collages », mixée de main de maître, une sorte de catalyseur de la joie extatique dont exsude chaque séquence.

Conclusion

Sur iPad comme sur PC, le point’n clic Botanicula est un catalyseur de joie et de bonne humeur, crépitant de mille scénettes interactives au charme irrésistible. Quant à ses quelques séquences extatiques, où puzzle et musique se mélangent, elles font parti de nos moments vidéo-ludiques préférés de ces derniers années, de ceux qui nous rappellent pourquoi le jeu-vidéo est un média passionnant. Absolument immanquable.

9
Benoît
Écrit par
Administrateur du site Etoile et champignon. Passionné par les jeux vidéo.

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