Critique de You Must Build a Boat : modèle du puzzle-RPG tactile

Critique publiée par Benoît le 01/07/2015 sur Apps-and-play.com, site d’actualités et de tests sur les jeux mobiles en activité en 2014 et 2015.

Avec 10 000 000 (10 Millions), Luca Redwood inventait une formule du puzzle-RPG, maintes fois copiée au point de devenir un sous-genre à part entière sur supports nomades. Partant des mêmes bases ludiques, You Must Build a Boat en est la digne suite, à la fois plus riche en contenu intéressant, mieux articulée et plus trépidante à jouer : une future référence.

Les vieux moules, les bonnes recettes

Bâti sur le même moule que 10 Millions, You Must Build a Boat se situe au croisement de trois genres : l’endless-runner, le puzzle-game et le RPG. La partie « endless-runner » prend place dans les donjons représentés via une bande en haut d’écran, montrant notre aventurier en train de sprinter, combattre des monstres et ouvrir des coffres jusqu’à ce que défaite s’ensuive (et défaite il y a systématiquement, comme dans tout endless-quelque chose).

Pour le faire progresser le plus loin possible, on balaie les lignes et colonnes d’une grande grille afin d’associer les symboles par trois (ou plus) et d’activer leurs effets en haut : trois épées déclencheront un coup de lame, trois bâtons lanceront un sort offensif, trois boucliers activeront une défense temporaire et trois clés ouvriront un coffre -pour ne couvrir que de la base du gameplay -.

Fatalement, la course de notre héros finira par s’achever lorsque on buttera trop longtemps sur un obstacle… signant son retour vers le fameux bateau-titre, un hub central en constante expansion (c’est la caution « RPG » du titre) : soit l’endroit idéal pour recruter de nouveaux membres d’équipages et améliorer son équipement – les épées, bâtons et boucliers de la grille -, installant une progression accrocheuse à l’extrême.

La différence majeure avec 10 Millions tient à cette embarcation, d’abord pas plus grande qu’une barque et occupée seulement par 2 PNJ lanceurs de quête : on leur parlera chaque fois que l’on veut partir en donjon, choisissant auprès d’eux le nombre de quêtes voulues  – avec un impact sur la difficulté et la qualité des loots – . Au fil des missions, le frêle esquif s’agrandit progressivement pour devenir un véritable galion muni d’autant de pièces qu’il y a de membres d’équipages, obtenus en récompense de quête (d’abord des vendeurs d’équipement puis un recruteur de monstre, un monsieur « manuel de jeu », et bien d’autres…). Voir grandir ce bateau à la manière d’une improbable arche de Noé est le meilleur marqueur de progression qui soit, et contribue beaucoup à l’accroche phénoménale de YMBaB.

Speed matching

Le gameplay de match-three est en outre devenu nettement plus rapide grâce à une modification bienvenue : on peut désormais enchaîner les associationsans attendre la fin des précédentes, et goûter la satisfaction d’une action sans interruption, scandée par des annonces de combos dans tous les sens. A cette amélioration ludique s’ajoutent des tas de petits ajouts, comme ces tuiles « ressources » – cerveau et muscles -, à associer pour les amasser : de retour sur le bateau, ces dernières servent à recruter des monstres capturés en donjon (via les quêtes), officiant ensuite comme bonus passifs permanents – +5% d’attaque pour tel dragon, +20% en puissance des sorts pour tel troll -, ajoutant une accroche « RPG » de plus.

Autre nouveauté côté « runner », des pièges aéroportés fonceront fréquemment sur le héros, menaçant de le geler de longues secondes, de zapper son bouclier ou de lui causer des dégâts selon leur type : on pourra heureusement les désactiver, si l’on parvient à associer rapidement les symboles dont ils sont marqués. Pour finir sur les nouveautés, on citera ces tuiles en forme de caisse recelant parfois des objets ou armes à usage unique (arc, bombe anti-caisse, boule de feu…), qui se révéleront très utiles pour négocier les passages ardus.

Une belle allonge

En somme, YMBaB abonde littéralement de bonnes idées qui viennent se greffer naturellement à la charpente ludique de 10 Millions, pour enrichir son gameplay et densifier son challenge ; un challenge qui consiste, essentiellement, à gérer deux fronts à la fois – la partie aventure/runner et la partie grille -, en associant en bas les tuiles appropriée pour le haut, sans se laisser déborder par aucun bord… et ce, tout en essayant d’accomplir les quêtes du moment.

Loin de lasser, cette tambouille frénétique et finalement variée (en situations de jeu et objectifs) stimule toujours plus à mesure que la difficulté grimpe, sachant que les dernières missions vraiment hardcore résisteront même aux matcheurs les plus agiles – de quoi dépasser allègrement les dix heures de jeu -. Il faut dire que le développeur Lucas Redwood n’a pas son pareil pour inventer des façons de « graisser les rouages » d’une progression pour la rendre fluidissime ; c’est même son domaine d’expertise spécifique : on a parfois l’impression de progresser dans le jeu comme dans du beurre fondu, tant le leveling et la hausse de la difficulté s’harmonisent à la perfection pour ne résister vraiment que sur le dernier tiers (comme il se doit).

Dernier élément de sa réussite, YMBaB fait montre d’une présentation low-fi assez irrésistible, une fois le jeu sous les yeux (les screenshots ne lui rendent vraiment pas justice, YMBaB est un jeu qui se vit « animé »). Le bestiaire foutraque et le drôle d’équipage que l’on embarque donnent l’impression d’investir l’imaginaire d’un enfant à l’imagination débordante et désordonnée, qualité qui touche jusqu’aux plus petits détails – comme le nom de nos armes améliorées (on a fini avec une Punishing Raging Sword of Finesse and Momentum), ou la musique délicieusement rétro – : un charme de plus pour un jeu qui n’en manque pas.

Conclusion

Partant de l’idée simple et géniale de 10 000 000 (qui mélangeait match-three, endless-runner et RPG), You Must Build a Boat approfondit sa formule sur tous les plans en la rendant notamment addictive à l’extrême et en la bardant de contenu intéressant. En découle un nouveau chef d’oeuvre du jeu nomade, l’une de ces perles impossibles à lâcher une fois lancée la fameuse « petite partie de 5 minutes ». Indispensable.

8
Benoît
Écrit par
Administrateur du site Etoile et champignon. Passionné par les jeux vidéo.

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