Critique de FTL : chef d’oeuvre du rogue-like

Critique publiée par Benoît le 05/04/2014 sur Apps-and-play.com, site d’actualités et de tests sur les jeux mobiles en activité en 2014 et 2015

La bataille semblait bien partie. Mon fier vaisseau affrontait un croiseur surarmé, mais mes boucliers tenaient bons et mes tirs lasers touchaient juste (un miracle), entamant petit à petit la coque adverse… puis c’est le drame : un bataillon de Mantis se téléporte sur mon module d’oxygène, fond sur ce brave Victor qui trépasse dans la seconde et se précipite sur les boucliers. Traversant mes défenses, un missile enflamme mes moteurs, tandis que je lance les survivants dans un assaut-suicide. Système 5, planète 4, fin de ce voyage.

Pour illustrer la grandeur de FTL, rien ne vaut le récit de ces moments fatidique où le jeu nous submerge alors qu’on croyait en tenir le bon bout. Il aura beau nous violenter partie après partie, l’absolue justesse de ses mécaniques nous fait nous sentir « responsable » : on aurait pu mieux gérer les combat, faire les choses autrement… et l’on relance une partie de 3 heures qui semblera durer 5 minutes, juste pour tenter cette autre stratégie qui, cette fois c’est sûr, va fonctionner. FTL est l’un des plus géniaux gouffre à temps libre qui soit, dont la balance entre entre skills et coups du sorts atteint un équilibre proche de la perfection.

I’ve got a bad feeling about this

On y contrôle un vaisseau de l’Empire Galactique en possession d’informations capitales pour la survie des siens, pourchassé par l’immense flotte rebelle qui progressera chaque tour un peu plus. Chemin faisant, on rencontrera des races alien plus ou moins pacifiques, on bataillera contre des pirates, on commercera sur des planètes-magasin : autant d’occasions de récolter et dépenser ses scraps, ressource multi-usage qui fait à la fois office de point de vie, d’expérience et d’argent. Idée brillante que cette ressource unique, qui fait converger tous les systèmes de jeu autour d’un même pot commun, et complique chacune de nos décisions.

Doit-on d’abord booster ses boucliers ou miser sur la puissance de frappe ? A quel moment développer la salle de camouflage ou la téléportation – deux capacités vite essentielles lors des batailles ? Chaque pas dans un sens bloque un autre axe du jeu, signe de l’équilibrage démentiel des mécaniques de ce FTL, articulées entre elles avec une précision d’orfèvre. Puis vient le temps, décisif et central, des combats en temps réels, qui se vivent comme un déferlement chaotique de catastrophes et d’urgences.

Vertus d’un game design qui multiplie les catastrophes

C’est l’autre coup de génie de FTL : il n’est jamais aussi captivant que lorsque les choses tournent mal. Contrairement à la plupart des jeux « modernes », où les éléments qui peuvent partir en vrille sont limités (à la santé qui baisse, au high score qui plafonne), FTL multiplie les sources de catastrophe potentielles : ce peut-être une brèche dans la coque, la désactivation d’une salle indispensable (bouclier, arsenal, salle de pilotage dont dépend l’esquive), l’invasion d’un bataillon d’ennemis, un incendie qui se propage beaucoup trop vite…. et bien souvent, une combinaison de tous ces maux en une fraction de seconde.

En découle certes une difficulté herculéenne, cause d’un nombre incalculable de game-over (et ce dès le mode facile)… mais cette rudesse résonne aussi comme une exhortation à l’héroïsme, à remettre de l’ordre au plus vite dans le capharnaüm ambiant. Le moment précis où tout part en cacahouète est absolument génial : on bascule le jeu en pause en respirant un grand coup, on se remonte les manches en galvanisant son énergie, et l’on se lance dans l’action. Un incendie menace le module d’oxygène au moment précis où les envahisseurs pénètrent dans la salle des missiles ? Pas de panique : on ouvre le sas arrière pour étouffer les flammes, tout en lançant ses soldats au combat pour libérer l’arsenal. Un vaisseau ennemi bardé de lance-missile nous tombe sur le cockpit ? Ni une ni deux, on déclenche un drone défensif, avant de téléporter ses plus solides gaillards en territoire ennemi pour dézinguer sa puissance de feu.

On aurait aussi bien pu jouer sur l’invisibilité, ou sur l’offensive pure pour désactiver ses systèmes vitaux : les solutions sont innombrables, et l’un des immenses plaisirs de jeu consiste précisément à les découvrir au fil des parties. A mesure que ses stratégies s’affinent et que sa micro-gestion en combat se fait plus efficace, des situations qui semblaient impossibles deviennent gérables, des caps se franchissent et, récompense suprême, on finit par atteindre le terrible boss de fin, skill check ultime où la moindre erreur de manip’ ou de build mal conçu se paye cash.

Le génie de FTL, finalement, c’est qu’il peut nous plonger dans un chaos total et qu’on peut tout de même s’en tirer : on peut toujours être ce héros qui, sur un timing parfait, répare sa coque, soigne son pilote, pourfend les envahisseurs et éteint les feux, tout en désactivant les boucliers ennemis pour finir par pulvériser son vaisseau juste avant qu’il nous réduise en poussière. FTL est une machine à produire des moments héroïques dont on se souvient à vie, de ces rares jeux dont on a envie de raconter ses parties dans le plus petit détail.

Quid de la version iOS

Quant à ce portage sur iPad, disons le sans détour, il s’agit sans conteste de la meilleure version du jeu – et j’en juge après avoir passé plus d’une soixantaine d’heures sur la version PC -. Outre le fait que son gameplay s’accommode d’avantage du contrôle tactile que du clavier/souris, les améliorations de son interface tapent toutes dans le mille : les « zones de jeu » s’agrandissent lorsqu’on les touche (canons, vaisseau, personnages, portes), le balayage au doigt est intelligemment mis à profit – pour sélectionner un groupe ou répartir l’énergie dans ses diverses machines –  : un travail exemplaire, presque maniaque, qui adapte brillamment la riche interface aux écrans plus petits des tablettes, sans que l’on se sente jamais à l’étroit.

Quant au contenu de l’Advanced Edition, sur le mode « plus de plus » (d’événements, de vaisseaux, de modules et de races), il ne dévoile tout son sel qu’au terme de nombreuses parties – les nouveaux venus auront des montagnes de découvertes à faire au préalable -. D’expérience, la chambre de clonage nous a semblé la plus essentielle  : cette salle qui fait revivre les membres d’équipages décédés remplace vite l’infirmerie, et pousse à une approche casse-cou qui renouvelle totalement l’expérience de jeu. Il nous reste à tester plus avant le système de piratage – qui offre de désactiver momentanément des modules ennemis – et celui du Mind Control – pour prendre possession d’un ennemi et foutre le dawa dans son vaisseau – : tant d’expériences à tenter, de stratégies à développer et de roustes à prendre…

Conclusion

FTL vous mènera la vie dure, et pourtant, vous le relancerez encore et encore, enivrés par ses systèmes complexes, ses innombrables périls et ses immenses gratifications. FTL est un chef d’œuvre du rogue-like, et le voir débarquer sur iPad dans une version si soignée, si respectueuse du support tactile, est un cadeau du ciel. C’est bien simple : pour les dizaines d’heures d’aventures qui vous y attendent, et vous rendront accrocs comme aucun autre jeu sur iPad, vous vous devez de vous procurer le titre de Subset, moyennant les 8,99 euros les mieux dépensés sur l’App Store depuis très, très longtemps.

9
Benoît
Écrit par
Administrateur du site Etoile et champignon. Passionné par les jeux vidéo.

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