Critique de 999 sur mobiles : 9 heures, 9 personnes, 9 portes, 0 puzzle

Critique publiée par Benoît le 19/03/2014 sur Apps-and-play.com, site d’actualités et de tests sur les jeux mobiles en activité en 2014 et 2015

A peine aperçoit-il le reflet d’un homme masqué dans sa chambre que Junpei sombre dans un profond sommeil. A son réveil, il se découvre prisonnier d’un bateau-fantôme, aux côtés de 8 autres personnes. Une voix les accueille et leur explique le drame de leur situation : ils ont été choisi pour jouer au « Nonary Game », et doivent atteindre la sortie avant que le navire ne coule dans un délai de neuve heures. S’ils ne respectent pas les règles du jeu, une bombe explosera dans leurs entrailles. Ainsi commence 999, nouvelle interactive adaptée d’un excellent titre de Chunsoft sur DS… mais bizarrement dépouillée de ces puzzles : si son histoire s’annonce captivante, l’aventure est-t-elle toujours aussi forte ?

Écriture remarquable

Dès l’entame, on est d’abord frappé par l’excellence de l’écriture des dialogues et évènements (que l’on parcourt en tapotant sur l’écran pour faire défiler le texte). On pouvait craindre que tant de blabla ne finisse par fatiguer : de fait, c’est l’inverse qui se produit, le choix du récit à la première personne donnant à l’ensemble une qualité littéraire remarquable. Chaque évènement est en effet retranscrit par le héros, qui les colore de ses émotions et réflexions personnelles. La façon très détaillée dont il décrit la mort de certains personnages donne lieu à quelques passages proprement révulsants, sans que le jeu ait besoin d’illustrer le carnage.

De l’original sorti sur DS en 2010, cette version iOS garde le principe du récit en branches et les 6 fins différentes. Fait appréciable : elle intègre un nouveau menu qui permet de sélectionner directement la section de l’embranchement voulu. L’autre modification est moins heureuse : tous les puzzles ont été supprimés, réduisant le gameplay à un simple choix entre des portes, à quatre ou cinq reprises au cours d’une partie. Autant dire qu’on ne joue plus vraiment, et que la nouvelle n’a d’ »interactive » que le nom.

Un chef d’œuvre amputé

Ce manque nous fait sentir à quel point les puzzles de l’original collaient parfaitement avec le récit du Nonary Game ; ils nous plongeaient dans l’exacte situation des personnages, nous impliquaient au même rang qu’eux, et gratifiaient in fine notre intelligence comme outil de leur survie.

En faisant l’économie de ces puzzles, 999 : The Novel nous installe dans un rôle de spectateur passif, qui ruine l’intérêt de nombreuses séquences (dont le climax, beaucoup moins marquant dans cette version). Plus de recherche, plus d’exploration, on a parfois l’impression de regarder une simple playthrough sur Youtube. Le pire, c’est que cette adaptation iOS ne cherche même pas à camoufler son ADN originale, signalant l’emplacement des regrettées énigmes d’un : « Et ils résolurent le puzzle » particulièrement frustrant.

En amputant le jeu original de tout son gameplay, cette version iOS déçoit beaucoup. Pourquoi le studio Aksys, en charge du portage a-t-il fait ce choix aberrant ? A cause de l’absence du deuxième écran de la DS ? Il semblait pourtant possible d’imaginer un écran splité pour y pallier (choix de design peut-être trop couteux pour un petit portage à moindre frais)… Que reste-t-il alors à ce 999 pour convaincre ? Au moins une chose : la sidérante force de sa narration à embranchement, qui se révèle aussi fascinante qu’au premier jour.

Labyrinthe fictionnel

L’interaction a beau se limiter au choix d’une porte, elle n’en induit pas moins un réel vertige narratif… vertige qui vient notamment de la versatilité des personnages, dont la vraie nature ne se dévoile qu’au fil des parties. Un personnage attachant peut devenir odieux, un autre suspect se révéler aimable à la lumière de son passé tragique… et on ne parle même pas de certaines surprises fracassantes qui n’arriveront parfois qu’au cours d’un troisième ou quatrième run, et pourront changer complètement notre lecture de l’histoire.

Le récit à embranchement produit un autre effet fascinant : il donne l’impression de s’aventurer dans divers « mondes possibles », tout en subtiles variations, en échos troublants et en thèmes récurrents (le Titanic, le champs de résonance, l’histoire de la Momie). Peu importe l’ordre dans lequel on obtient les diverses fins, les évènements d’une partie trouvent toujours le moyen d’entrer en résonnance avec la suivante, et les scénaristes, de jouer avec nos attentes et nos expériences passées : ce traitre se révèlera-t-il dans cette nouvelle fiction ? Peut-on empêcher la mort d’un personnage aimé en prenant telle autre porte ? De mystères en révélations fracassantes, 999 s’avère un labyrinthe fictionnel fascinant, toujours capables de surprendre et de redistribuer les cartes.

Conclusion

On regrette que ce 999 iOS ampute le petit chef d’oeuvre original de la DS de ses énigmes si essentielles pour l’implication du joueur. Sans elles, le titre de Chunsoft n’est plus qu’une histoire très vaguement interactive, où l’on se borne à choisir tel branche plutôt que telle autre : ceux qui ont joués au jeu d’origine auront meilleur compte de s’y replonger. Quant aux nouveaux venus, pour peu qu’ils soient à l’aise en anglais, ils découvriront une histoire dont la qualité d’écriture phénoménale et les ramifications complexes pourront suffire à les captiver.

5
Benoît
Écrit par
Administrateur du site Etoile et champignon. Passionné par les jeux vidéo.

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