Critique de The Last of Us : Left Behind (DLC), pour la beauté d’un court récit

A l’approche de The Last of Us 2, on s’est remis à la page on découvrant sur le tard le DLC Left Behind, qui raconte un peu de l’avant et de l’après The Last of Us, en se concentrant sur le personnage d’Ellie : dans l’après, on suit la jeune fille explorant un centre commercial pour trouver de quoi soigner Joel, son compagnon de route grièvement blessé. L’avant se déroule dans un autre mall abandonné, lieu d’une journée buissonnière aux côté de Riley, son amie et peut-être plus encore. Les deux situations sont l’occasion pour Naughty Dog d’articuler le ludique et le narratif avec une maîtrise qui, même sur le court format d’un contenu additionnel, ne manque pas d’impressionner.

Sur les 2 heures 30 que dure ce DLC, le ludique ne se détache jamais du narratif, il en est un élément essentiel et s’intègre au continuum d’un récit qui fait feu de tout bois – l’exploration d’un décor, les rencontres avec l’ennemi, les dialogues, les cinématiques -, tout y prenant une égale fonction narrative : on ne joue pas tant pour le plaisir de pratiquer un gameplay bien huilé que pour actionner notre bout du récit (celui qui dépend de notre personnage, de ses mouvements, de ses actions). Pris dans cette moulinette fictionnelle, le joueur ne peut simplement pas décrocher, Naughty Dog excellant à maintenir l’intérêt de son joueur en le faisant rebondir d’un élément à l’autre, comme dans cette scène en aller-retour entre des objets interactifs (des masques enfilables, un jouet diseur de bonne aventure) et leur réponse scriptée, repliant immédiatement nos bouts d’actions même les plus anecdotiques sur le récit.

Cet art de l’articulation fluide et sans couture grossière vaut aussi pour les objectifs ludiques, enchâssés les uns dans les autres comme des poupées gigognes. Exemple tiré du début du jeu : pour ouvrir une porte verrouillée, il faut réactiver le courant en commençant par « suivre les câbles électriques », comme le rappelle l’héroïne dans un clin d’oeil appuyé à ce cliché de game design, jusqu’à un hangar où l’on découvre un générateur à sec qu’il faudra remplir en siphonnant le réservoir de l’un des camions garé dans le coin. Le courant réactivé déclenche immédiatement une nouvelle suite d’événements et d’actions imbriqués de telle manière que l’on pourrait presque décrire tout ce chapitre comme une longue suite de moments s’ouvrant les uns après les autres en tiroir, nous emportant dans leur flux.

Quant au level-design, registre où Naughty Dog excelle, il joue aussi sa part dans l’articulation serrée du ludique et du narratif : de quelque endroit où l’on se trouve, un élément visuel pointe toujours vers la suite du parcours en attirant notre regard par une couleur ou une forme distincte, comme pour s’assurer que la fluidité de l’ensemble ne s’enraillera pas. En conséquence, on effectue les actions attendues presque sans s’en rendre compte, comme un petit mécanicien du récit qui serait parfaitement manipulé par le jeu et ses tours hypnotiques. Il faut dire que le DLC nous aide à resté immergé dans l’histoire par son bord ludique, qui n’invente rien mais récite expertement ses gammes : des corps à corps très physiques et des phases d’infiltrations sous tension, qui dérapent parfois en fusillades où les munitions se font rares et précieuses.

Mais c’est encore dans les instants de tranquillité que ce DLC est le plus mémorable, lorsqu’il prend le temps de montrer dans le détail ce que font et se disent Ellie et Riley pour exprimer leur affection. L’une tente de faire rire l’autre par des blagues lues dans un livre déniché on ne sait où, la seconde répond en sortant deux pistolets à eau de son sac, cadeaux immédiatement honorés par une mémorable bataille dans les travées d’un magasin. Dans cette suite de belles scènes concentrées sur les deux personnages et leurs émotions, Naughty Dog fait concourir les dialogues, les doublages et les expressions des visages pour servir un objectif qui n’a plus rien à voir avec la performance ludique, mais uniquement avec le récit franc et honnête d’une amitié se muant en amour ; et le fait de jouer à leurs côtés devient une manière d’assister en bonne place à ce lien émouvant, d’en être à la fois partie prenante et témoin privilégié. Ces moments rappellent la vraie force de Naughty Dog, ce qui en fait un développeur précieux même sur un court DLC comme celui-ci : l’opulence de moyens qu’il emploie et la science du game-design dont il fait preuve convergent au final pour servir une intention toute simple, celle de raconter une histoire émouvante, habitée par des personnages aimés.

+
  • L'articulation fluide entre récit et phases de jeu
  • Level-design efficace
  • Histoire simple et belle
-
  • Très court
7
Benoît
Écrit par
Administrateur du site Etoile et champignon. Passionné par les jeux vidéo.

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